En voyant défiler le sympathique nom de Beatles sur mon lecteur mp3, ma maman adorée m'enfourcha d'une de ses piques si caractéristiques : " Beatles, Bob Marley, Rolling Stones : c'est que des trucs de mon époque ça. Vous, les jeunes, vous n'écoutez que la musique de notre jeunesse. Et vous, que restera-t-il de votre jeunesse? Les BB trucs ?" Et, hormis l'oubli du nom de scène des BB Brunes ( elle ne rate rien, soit dit en passant ), je fus forcé d'admettre qu'elle avait raison. Nan, comment pourrions nous les comparer aux Beatles? Ces mecs étaient tellement écoutés qu'on donna à l'ancêtre de toute l'humanité le nom d'une de leurs chansons : Lucy. Ou à Bob ? Ou aux Stones ? Et, même si un petit millier d'adolescentes prépubères sont addicts à Tokio Hotel, la comparaison n'est pas tenable avec les Beatles, rien qu'en termes de célébrité.
Dans la jeunesse de ma Maman, et de la votre, cher lecteur dont je suppose que l'âge soit semblable au mien, on vivait l'Histoire au jour le jour. Marthin Luther King libérait les Noirs Américains, Neil Armstrong posait son pied sur la Lune, Mère Thérésa soignait des pauvres, Che Guevarra se faisait tuer, Kennedy réformait, Mai 68 s'électrisait .. Le monde était alors peuplé de figures légendaires dont le nom était voué à la posterité : Jimi Hendrix, Stanley Kubrick, Françoise Sagan, Elvis Presley, Andy Warhol, Henri Cartier-Bresson, Jean-Paul Sartre, François Truffaut... La France fourmillait artistiquement. En politique, De Gaulle était aux commandes. Un grand penseur dirrigeait la Culture: André Malraux. Ca avait plus de gueule qu'un petit parvenu bling-bling croyant que la Culture ne se résume qu'à des C : Carla, Christian Clavier, Caet...
Nous, quand on est nés, le Mur Est/Ouest tombait. On avait 10 ans quand des Boeing 747 commençaient à s'écraser sur les gratte-ciel de Manhattan. 11 ans quand Lepen arrivait au second tour d'une élection présidentielle et que la gauche débutait son agonie. 12 ans lorsqu'un cow-boy texan décida un jour d'attaquer le méchant calife irakien. 17 ans quand les mots "crise économique majeure de toute l'histoire de la finance" tombèrent dans nos oreilles. La mode est au rétro. Les seventies et sixties font vendre, la nostalgie aussi.
J'ai toujours pensé - ou voulu pensé - que l'Humanité progressait, mine de rien, sur son bout de Terre, depuis que des hommes hirsutes et sans langage avaient découvert le feu. Que le Monde n'avait cessé de s'améliorer depuis. Qu'il avait toujours découvert de nouvelles choses, exploré des chemins inconnus dans l'art ou la science. Qu'il était devenu meilleur en abolissant l'esclavage ou en supprimant les Ordres médiévaux. Bref, qu'il avait progressé. Je n'en avais jamais douté auparavant. Mais là, l'Histoire ne devient qu'une suite d'attentats, crash boursier et guerres sans-fins. Il n'y a plus de mouvements littéraires, artistiques ou cinématographiques dignes de ce nom. Il n'y a plus de grandes découvertes. Le Monde est devenu une sorte de voiture sans frein, encore jolie, encore brillante mais promise à un crash à court ou long terme. Le Monde dérape, part en vrille, se casse la gueule, se foire. On pourrait prendre 2000 comme apogée de l'humanité. Ca ferait plaisir à Elisabeth Tessier et à tous les voyants des magazines télés. A partir de 2000 donc, le monde serait donc devenu moins bien. Et, quand tu regardes un peu en arrière, vers le début du sicèle, 1900 par exemple, tu te dis que le Monde aura bien changé en l'espace de cent petites années. En comparant à l'intervalle 1200-1300 par exemple, le XX ème siècle l'aura sacrément métamorphosé notre petite planète. Cent ans. C'est une vie maintenant. Et nous, à la fin de nos vies, dans plus ou moins cent ans, qu'est-ce que le XXI ème siècle aura mijoté à cette pauvre petite humanité un peu paumée sur son lopin de Terre?